lundi, novembre 16, 2009

Les minarets: le monde en parle

Le minaret de la Grande Mosquée du Petit-Saconnex, à Genève, vue au travers d'un miroir.
Le minaret de la Grande Mosquée du Petit-Saconnex, à Genève, vue au travers d'un miroir. (Keystone)

Rarement votation populaire en Suisse aura fait couler autant d'encre, de salive et de pixels que celle de ce 29 novembre sur les minarets. Débat très vif également parmi les lecteurs de swissinfo.ch. Des quatre coins du monde et en neuf langues. Survol des feedbacks.

Dès le lancement de l'initiative de la droite conservatrice (UDC) et évangélique (UDF) qui veut inscrire dans la Constitution fédérale une interdiction de construire des minarets, les internautes ont été plus nombreux que jamais à prendre la plume – ou plutôt le clavier – pour donner leur avis.

Les réactions sont particulièrement nombreuses en arabe, d'autant qu'aux feedbacks déposés sur le site s'ajoutent les interventions sur le blog et celles sur les réseaux sociaux qui ont réagi à nos articles.

Beaucoup de réactions aussi en français, allemand et anglais, mais moins en italien et peu en espagnol et en portugais. Et pratiquement rien en chinois et en japonais. Important certes, le sujet des minarets n'est donc pas pour autant universel.

Incrédulité

Les premières réactions du monde musulman (août 2008) sont d'incrédulité et d'incompréhension. «Il paraît que les musulmans font face à une nouvelle inquisition en Europe», écrit un Marocain. «Je suis surpris par cette loi raciste, surtout en Suisse, pays qui se considère neutre», ajoute un Algérien, alors qu'un autre se dit «sûr que le gouvernement interdira cette décision injuste».

Pas évident, on le voit, d'appréhender ce mécanisme complexe – et si typiquement suisse – de l'initiative populaire, qui n'est pas une loi, et sur laquelle le dernier mot revient au peuple, pas au gouvernement.

Malgré ces inquiétudes initiales, on ne verra jamais un drapeau suisse brûler devant une ambassade. L'«affaire des minarets» ne sera pas une nouvelle affaire des caricatures. Et si l'on en croit un chercheur égyptien, le mérite en revient essentiellement à... swissinfo.ch et à son site arabe (lire ci-contre).

Qu'est-ce que c'est?Qu'est-ce que c'est?

Symbole de conquête

En arabe, on s'en doute, la majorité des feedbacks sont hostiles à l'initiative. Dans les autres langues par contre, ils se répartissent grosso modo en deux tiers favorables à l'initiative et un tiers favorable aux minarets. Soit à peu près l'inverse de ce qu'indique le dernier sondage électoral. Mais c'est bien connu: le courrier des lecteurs n'est pas un baromètre fidèle de l'opinion.

«Le minaret est clairement une icône de la foi islamique. Et la foi islamique soutient l'oppression des femmes. Cela peut prendre des décennies, mais croyez-moi: quand l'islam sera majoritaire, ils demanderont la charia et toutes ces vieilleries du 7e siècle», écrit une Américaine.

Elle n'est pas la seule à craindre cette islamisation de l'Occident, clairement mise en avant par les promoteurs de l'initiative. «Je suis très triste, et en réalité un peu en colère quand je traverse une de nos villes pleine de burkhas et de boucheries halal», écrit un résident britannique.

De Paris, un autre lecteur se plaint de ces rues aux environs de Barbès «barrées tous les vendredis pendant deux heures pour cause de prières musulmanes». Et d'y voir «une manière, comme les minarets, de montrer la visibilité de l'islam et d'imposer un rapport de forces aux autorités du pays».

Et ainsi de suite. Femmes voilées, endoctrinement des enfants pour en faire des terroristes, et même excision ou crimes d'honneur: toutes les craintes que véhicule (à tort ou à raison) l'islam se trouvent ici en condensé derrière ce symbole du minaret «signe qu'une terre a été conquise et se trouve maintenant sous la loi islamique».

Le minaret et le clocher

De Turquie, un lecteur exhorte les Suisses à accepter l'initiative, car, écrit-il «on trouve en Europe de nombreux exemples des conséquences désastreuses qu'a le fait de céder aux demandes incessantes des musulmans». Pour lui, voter l'interdiction des minarets aiderait la Suisse à «éviter ce chemin culturellement suicidaire».

Et pour bien enfoncer le clou, un internaute de Belgique remercie l'UDC «de défendre la civilisation chrétienne européenne actuellement gravement menacée».

«La culture musulmane est étrangère à l'Europe il faut que les musulmans européens le comprennent et qu'ils essayent de s'intégrer dans leurs sociétés respectives, sinon c'est un grand choc qui se prépare en Europe», ajoute un lecteur du Liban.

«Et si je veux construire une église en Arabie Saoudite?» Cette question de la réciprocité revient régulièrement. Dans toutes les langues et de tous les pays, y compris la Chine. D'Egypte, du Liban, de Syrie, du Maroc, de Palestine même, de nombreux internautes rappellent pourtant que chez eux, clochers et minarets ont souvent poussé côte à côte.

Mais ce n'est pas suffisant pour convaincre cette immigrée en Suisse, venue d'un pays qu'elle ne nomme pas et qu'elle a quitté «à cause de la montée du fondamentalisme islamique». «Ma famille et moi nous sentons à la maison ici, et avec le souvenir de mon expérience précédente, je vais voter pour l'initiative. Ce sera ma contribution à préserver la Suisse que je connais et que j'aime», explique-t-elle.

Et les adorateurs des Schtroumpfs?

A l'opposé, ceux qui voteront non le 29 novembre invoquent avant tout la liberté religieuse et «ne veulent pas faire à l'autre ce qu'ils n'aiment pas qu'on leur fasse». «Il faut respecter les croyances des autres et même donner un lieu de culte aux adorateurs des Schtroumpfs», écrit un Helvète.

«La Suisse n'est pas l'Arabie Saoudite, elle respecte les droits de l'homme. Il me semble qu'au nom de la défense de l'Occident, ceux qui soutiennent l'initiative veulent justement jeter aux orties les valeurs sur lesquelles se base l'Occident», ajoute un autre.

D'Uruguay, une religieuse catholique regrette de ne pas pouvoir venir voter en Suisse et ainsi «aider à sauver de l'intolérance un pays qui a su être ouvert».

«C'est quoi le problème avec ces minarets?, demande un lecteur des Etats-Unis. Si vous avez confiance en votre culture, vos traditions et votre religion, vous n'êtes pas menacés par un autre groupe qui essaie d'en apporter sa propre version. Peut-être que ce débat en dit plus sur le déclin de la culture suisse que sur la montée de la culture musulmane en Suisse...»

Et d'autres de fustiger l'UDC, «raciste, xénophobe» et même «fasciste», qui se sert de la peur de l'islam «comme Hitler s'est servi de la peur des juifs».

Imagine...

Finalement, il y a ceux pour qui le ciel est vide. «Moins il y a de religion, et moins il y a de risque de conflit», écrit un Suisse qui prône le non à «l'initiative qui veut interdire les minarets et donner de l'importance à la religion».

«Je pense que c'est en tolérant des choses comme celle-là, totalement inoffensives, qu'on peut exiger le respect de la part de l'autre. Et franchement, notre bon vieux clocher qui nous casse les oreilles à 9 heures le dimanche matin, c'est pas beaucoup mieux», ajoute un compatriote.

Pour un autre Suisse enfin, le pays «qui n'en finit pas de subir une politique déplorable au niveau social» a certainement, en ces temps de crise économique, d'autres problèmes à affronter que celui des minarets.

Marc-André Miserez, swissinfo.ch

Les autorités autrichiennes veulent combattre l'"abus"du droit d'asile


LE MONDE | 13.11.09 | 15h29 • Mis à jour le 13.11.09 | 16h15
Vienne Correspondante

rigona Zogaj s'est vu refuser l'asile en Autriche. Jeudi 12 novembre, la jeune Kosovare, âgée de 17 ans, a appris qu'elle serait expulsée du territoire autrichien, où elle est arrivée en 2002, et devra regagner son pays d'origine en compagnie de sa mère et de deux de ses frères et soeurs.

Un mois après l'adoption, par le Parlement autrichien, d'une loi plus restrictive sur le droit d'asile, le "cas Zogaj" (prononcez Tzogaï) est un exemple. Pour la droite et l'extrême droite, il faut dissuader les abus commis par des étrangers qui cherchent à s'installer dans un pays prospère, en se faisant passer pour des réfugiés persécutés. Aux yeux de la gauche, des Verts et d'une partie de l'église catholique, cette affaire pâtit du climat xénophobe qui s'est renforcé depuis quinze ans en Autriche, sous la pression constante des forces d'extrême droite et de leurs relais dans la presse populaire.


C'est en lisant l'influent tabloïd Kronen Zeitung, qui en avait eu la primeur, que l'avocat de la famille Zogaj a été informé du verdict, dont il veut faire appel. Le chef du Parti de la liberté (FPÖ), Heinz-Christian Strache, principal leader de l'extrême droite, a aussitôt mis au défi la ministre de l'intérieur Maria Fekter, du parti conservateur ÖVP : "Maintenant, il faut être conséquent et procéder à l'expulsion", a-t-il lancé.

"Nous y croirons lorsque les Zogaj seront vraiment expulsés au-delà de l'espace Schengen", a renchéri son rival Martin Struz, secrétaire général de l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ), la formation dissidente du FPÖ fondée en 2005 par le défunt Jörg Haider. Mme Fekter elle-même avait déjà signalé, en janvier 2009, qu'elle appliquerait la loi sans se laisser attendrir par "les yeux de biche" d'Arigona.

Propagande d'extrême droite

Comme sa mère, la jeune fille a plusieurs fois menacé de se suicider pour échapper à l'expulsion. Son père et ses deux frères aînés sont retournés contre leur gré au Kosovo, tandis que les deux plus jeunes enfants de la fratrie, avaient été autorisés à revenir provisoirement auprès de leur mère. "C'est une catastrophe humaine", soupire Josef Friedl, un prêtre catholique de Haute-Autriche qui avait accepté de cacher pendant des semaines Arigona, à l'automne 2007, et continue de soutenir financièrement la famille.

Mais le curé se plaint de lutter à contre-courant : "On a malheureusement réussi à créer une mentalité qui cherche des boucs-émissaires. C'est devenu plus brutal et plus dur", confie-t-il au quotidien libéral Der Standard. Les Zogaj ont perdu le capital de sympathie dont ils bénéficiaient il y a deux ans, lorsque la commune de Haute-Autriche où réside Arigona appuyait à l'unanimité ses démarches.

Les péripéties de ce feuilleton ont lassé l'opinion, travaillée par la propagande du FPÖ, qui a fait de la surveillance des étrangers son thème porteur et sait exploiter les statistiques de la police : les non-Autrichiens sont 10,3 % de la population, mais 27 % des personnes soupçonnées de délit en 2008.

"L'ÖVP assume la même posture, et la social-démocratie (qui gouverne avec la droite) est comme le lapin devant le serpent, terrifiée de perdre des voix", déclare au Monde la députée Alev Korun, chargée de l'intégration chez les Verts. Mais ces derniers ne recueillent guère que 10 % des intentions de vote, contre 26 % pour l'ensemble de l'extrême droite. 26 % est aussi la proportion d'Autrichiens, selon une étude de l'université d'Innsbruck, qui peuvent être qualifiés de "xénophobes".


Joëlle Stolz

dimanche, novembre 15, 2009

Affiche de RESF

Le minaret, élément de mémoire de l'islam à l'architecture variée

A deux semaines de la votation sur les minarets, rapide coup de projecteur sur cet élément architectural, l'un des sept qui composent une mosquée. Cylindrique, carré, octogonal: il peut revêtir les formes les plus variées et n'obéit à aucune règle codifiée. Il n'est d'ailleurs pas indispensable, surtout à l'heure où le muezzin est remplacé par Internet ou les SMS, mais revêt un caractère symbolique et culturel

Ivan Radja - le 14 novembre 2009, 19h52
Le Matin Dimanche

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«Ce n'est pas une religion ostentatoire dans son essence, rappelle l'architecte et professeur Patrick Mestelan, spécialiste de l'architecture de l'islam. Si, à la limite, l'expression la plus simple de la mosquée est le tapis de prière, elle est par excellence, et avant tout, le lieu de recueillement de la communauté. Ce qui importe, c'est le haram , l'aire sacrée rectangulaire orientée vers La Mecque, où prient les fidèles.» Il est l'un des sept éléments d'une mosquée, avec le kibla , mur qui borde le grand côté du rectangle, le mirab , niche figurant une porte symbolique vers la vie spirituelle, le minbar , chaire appuyée sur ce même mur (plus guère en usage), une cour extérieure, un bassin ou une fontaine pour se laver pieds, mains et visage, et enfin le minaret. De l'arabe manâra (le phare), il est à la fois symbolique (lumière) et pratique pour porter la voix du muezzin. Les premiers seraient apparus au premier siècle de l'hégire (VIIe siècle). Bilal, muezzin de Mahomet, montait simplement sur un auvent de la maison du Prophète, à Médine.

Ils ont pris des formes très variées, au fil des siècles, en fonction des cultures, de la géographie, du matériau, du climat ou des constructeurs (chrétiens, Byzantins, Mamelouks, Ottomans, etc.). Les minarets cylindriques de Turquie résistaient, par exemple, mieux aux secousses sismiques. «Au départ, ils étaient de base carrée, énumère Patrick Mestelan, puis il y eut des variantes hélicoïdales, à la manière de la tour de Babel, ou pyramidales en Afrique, et des modèles octogonaux et cylindriques.»

Historien de l'art, Henri Stierlin précise que «rien n'est codifié ni systématisé. Ainsi la mosquée d'al-Aqsa, à Jérusalem, n'a pas de minaret, alors que d'autres peuvent en compter plusieurs.» Il n'y a pas de règle non plus concernant le diamètre et la hauteur. «Comme n'importe quelle construction en Suisse, précise Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation de l'entre-connaissance, il est soumis aux règles de l'urbanisme communal.»

samedi, novembre 14, 2009

Réfugiés: des ONG veulent dresser un camp à Bruxelles

Plusieurs associations mettent le gouvernement devant ses responsabilités: si rien n'est fait rapidement pour accueillir les demandeurs d'asile, c'est tout simplement un camp de réfugiés que ces associations dresseront au cœur de la capitale.

Le CIRE, Médecins sans frontières, Médecins du monde et Caritas ne décolèrent pas. 900 demandeurs d'asile sont à la rue, il y a urgence.

Ces 900 demandeurs d'asile doivent en principe être pris en charge et accueillis dans des structures par Fedasil. Mais Fedasil croule sous les demandes et les places manquent cruellement. Les solutions imaginées par le gouvernement ne seront opérationnelles qu'en juin prochain. Résultat: aujourd'hui déjà 1300 demandeurs d'asile sont accueillis dans des hôtels, dans des conditions qui ne sont pas tenables et sans l'accompagnement que la loi leur confère pourtant.

Pire, 900 personnes aujourd'hui ont tout simplement été renvoyées à la rue. Cela est inacceptable pour toutes ces associations. D'autant que la situation dure depuis des mois et des mois, sans que des solutions ne soient mises en place pour accueillir ces personnes comme le prévoit la loi.

Depuis des mois ces associations interpellent les ministres. Des solutions ont même été proposées, comme héberger temporairement ces candidats réfugiés dans des containers, en attendant que des places nouvelles se créent dans des bâtiments comme des casernes, par exemple -des sites ont même été identifiés. Mais rien ne bouge: l'hiver approche, le froid est déjà là.

Aujourd'hui ces associations menacent de dresser un camp de réfugiés au cœur de Bruxelles, capitale européenne, pour répondre à une situation d'urgence, comme c'est le cas dans les situations de guerre ou de catastrophe naturelle.

M.-P. Jeunehomme pour RTBF Info

Les autorités autrichiennes veulent combattre l'"abus"du droit d'asile

Arigona ZogajArigona Zogaj s'est vu refuser l'asile en Autriche. Jeudi 12 novembre, la jeune Kosovare, âgée de 17 ans, a appris qu'elle serait expulsée du territoire autrichien, où elle est arrivée en 2002, et devra regagner son pays d'origine en compagnie de sa mère et de deux de ses frères et soeurs.

Un mois après l'adoption, par le Parlement autrichien, d'une loi plus restrictive sur le droit d'asile, le "cas Zogaj" (prononcez Tzogaï) est un exemple. Pour la droite et l'extrême droite, il faut dissuader les abus commis par des étrangers qui cherchent à s'installer dans un pays prospère, en se faisant passer pour des réfugiés persécutés. Aux yeux de la gauche, des Verts et d'une partie de l'église catholique, cette affaire pâtit du climat xénophobe qui s'est renforcé depuis quinze ans en Autriche, sous la pression constante des forces d'extrême droite et de leurs relais dans la presse populaire.

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